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Se souvenir des belles choses

Sentir mes pieds nus sur la route

Tirer sur mes orteils

Le gros en l'air

Poser mon pied sur l'eau

Mot-motus

Motus et bouche cousue

Souffler

Enjamber le fleuve

Pose ton pied sur la rive

Souffle coupé

Regarder courir le flot

Sentir le vent sur ma peau

Le froid saisir le gros

Le chaud, chaud, chaud

Sueur froide, mon pied flotte

...

Ecriture, écrire. Poser une lettre de l'alphabet sur ma page, puis une autre et encore une autre jusqu'à ce que cela forme un mot, un verbe, un adjectif; aller jusqu'au bout de la phrase. Ecrire une virgule, un point, un point virgule. et continuer avec une écriture jubilatoire jusqu'au bout...

 

Qui n'a jamais rêvé d'écrire un livre, de raconter une histoire, sa vie, un conte, un roman... Mais  pour qui et pour quoi ? Pour transmettre ? Pour la gloire ? Pour être aimé ? Pour l'argent ? Pour le plaisir ?

 

Une écriture jubilatoire si tu attends qu'elle vienne à toi, tu peux l'attendre longtemps. Elle trottera dans ta tête par petites phrases exquises, que tu t'empresseras de rêver d'écrire et qui finiront par disparaître dans les oubliettes de ta mémoire à données limitées.

 

Et puis un beau jour, après des années passées à rêver d'écrire, sans savoir ni pour qui ni pour quoi, tu saisiras un de tes stylos, un cahier et tu écriras.

 

Tu ouvriras le canapé de ton salon et déposeras doucement, avec délicatesse ton écriture jubilatoire.

 

Suivre tes pieds
Marcher sur la tête
Sentir mes oreilles
Ecouter dans mon nez
Goûter la langue au chat
Voyager d’un mot à l’autre
Rebondir, chanter, danser
Faire un tête à queue
et parler, parler, parler
Parler pour ne rien dire
Parler pour ouvrir sans pouvoir refermer
Parler flou, parole folle, impossible de toucher le fond
Pousser la porte vers un ailleurs
Laisser la porte ouverte
Semer des petits cailloux

le petit Poucet repassera.

 

 

Toi assise à ses côtés, heureuse de l'écouter et d'en faire quelque chose. Quelle joie ! Peut-être que dans tes rêves les plus fous tu t'imagines écrire comme ces grands de la littérature. Proust, Henry Bauchau, Baudelaire, Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar...

évidemment, bien sûr.

 

Mais non, toi ton style est différent. Peut-être aussi rêves tu de devenir connus de tous, être mondialement reconnue, invitée sur tous les plateaux TV, radios pour parler de toi, de ta jubilation à écrire. Quelle belle folie que de pouvoir enfin l'écrire sur cette petite feuille de papier. Rien que pour toi et quelques autres.

 

Ce jour là est comme une seconde naissance, une fenêtre s'ouvre et l'air circule amenant sa fraicheur. Toutes les lettres de l'alphabet prennent un sens. Oui le sens de l'écriture sur cette page. De gauche à droite en laissant entrer par la fenêtre un vent frais.

 

Peut importe l'histoire. Cette histoire c'est la tienne et elle va prendre forme du fond de tes entrailles avec toute sa force de vie.

 

Voilà, ta main attrape un stylo et saute sur la page comme un guerrier Massaïl qui danse dans la plaine. Sauter, sauter encore, sauter mieux, exprimer ta joie d'écrire même si cela ne veux rien dire. Il y aura sûrement à la fin quelque chose qui en sortira. Quoi ? J'en sais rien. On verra bien plus tard.

 

Tu pourrais raconter tes déboires, tes galères, mais non; ce n'est pas ton choix. Toi tu veux écrire tout le reste. Ton triomphe. Tous les heureux moments de ta vie. Tes souvenirs d'enfants lorsque tu étais une petite fille. Une fillette qui a eu la chance de naître sur l'île de beauté, la Corse. Te souvenirs des odeurs de pins, de genêts.

L'odeur marine qui embaume encore tes narines. Rappelle-toi lorsque tu marchais pieds nus dans le maquis. Est-ce que tu sens la chaleur du sable sous tes pieds ? Oui, c'est merveilleux de se souvenir de ces jours heureux où le soleil brillait dès l'aube, où tu cueillais pour ton petit déjeuner des tomates. Tu les croquais à pleine dents, laissant couler sur tes joues le jus que tu essuyais d'un revers de main sans te soucier des bonnes manières. Un jardin enchanté sans clôture ni barrière qui s'étendait sur la dune. Au loin, une petite route, après, encore un peu plus loin; la mer méditerranée. Son bleu scintillant, son immensité. Toi tu es née sur cette île. Tu es une îlienne mais tu ne sais pas encore à ce moment là que cela ne te quittera plus jamais. C'est inscrit en toi, c'est écrit sur ta peau, dans les plus petites cellules de ton corps, dans ta mémoire corporelle.

 

C'est inscrit si profondément en toi que l'odeur de cette Garrigue ne te quitte plus. Tu grandis alors comme un pin Parasol. Tu viens du sable, du soleil et de l'amour.

 

Avec ce terreau tu iras où tu veux, tu réaliseras tes rêves de cabane dans la forêt, tu débusqueras les pièges, les entourloupes et les faux monnayeurs, les tricheurs. Tu sauras faire face à l'adversité sans broncher, l'air de rien.

 

Ton terreau c'est le maquis. Merci papa merci maman.

 

Ils m'auront transmis sans le savoir ce goût de vivre, ce goût reconnaissable et unique de l'Aventure humaine. Il leur aura fallut quitter l'Algérie, pays de leur enfance, pour continuer à tracer leur chemin vers de nouveaux horizons lointains.

 

La vie est un concept selon Lacan. A toi de choisir ta vision du monde. Magique, merveilleux, horrible ou monstrueux...tu en feras ce que tu pourras au fil de l'esquisse que tu traceras.

 

C'est toi qui taille dans ta roche.